Ogresse

Autrice : Aylin Manço
Editions : Sarbacane
Sortie : 2020

 

On peut craindre d’avoir un roman qui ne serait pas à la hauteur de ce qu’on s’imagine en voyant cette couverture et ce titre évocateurs. Mais, autant le dire tout de suite : il est bien au-délà ! 

Le titre Ogresse, nous renvoie au conte, quand la fourchette sur la tâche de sang semble ancrer le lectorat dans une certaine réalité. C’est effectivement le cas : on suit Hippolyte - H pour les intimes, Hippie par maman, Hippo par papa - dont les parents se sont séparés pendant l’été. Cette lycéenne vit maintenant chez sa mère, infirmière.

Le malaise est partout !

  • - Avec Kouz son ami de toujours qui a mis une distance étrange entre elleux depuis quelques temps

  • - Avec son père, qui n’arrive pas à verbaliser la rupture d’avec sa mère, qui l’infantilise de manière ridicule

  • - Avec Mme Munoz, la voisine qu’elle aimait aller voir, mais qu’elle ne voit plus. Pourquoi d’ailleurs ?

  • - Avec la voisine du même âge dont on se moque parce qu’elle a une cicatrice affreuse sur le visage

  • - Avec sa mère, qui l’a brutalement… MORDUE !

L’adolescent·e en nous dirait même que ce livre est « malaisant » mais délicieusement malaisant. La référence au conteest présente par le personnage si étrange de la mère mais ancré dans un quotidien belgequi nous est très familier.

Les aventures de cette bande d’ami·es, à laquelle on ne peut finalement que s’attacher, permet de s’interroger, d’aborder le sujet délicat de l’amour dévorantdont on peut être victime. Quand on nous aime au point de littéralement nous engloutir, de nous entrainer dans sa chute, peut-on encore raisonner s’il s’agit de nos parents, de notre amoureux·se ? Jusqu’où peut-on accepter les dérives de l’autre ?

Une lecture pour grand·es adolescent·es, accessible mais littéraire qui nous pousserait bien au végétarisme, pour dévorer plus de livres de cette autrice !

De la même autrice : La dernière marée, publié chez Talents Hauts en 2019

Mars 2020, Sophie Buquet