Je te plumerais la tête

Autrice : Claire Mazard
Editions Syros, 2020

 

Lilou idolâtre littéralement son Papa Lou. Cette complicité devient fusionnelle depuis que sa mère est hospitalisée pour la rechute de son cancer. Lilou est entourée d’ami·es qui l’aide à vivre cette épreuve qu’elle traverse sans trop de difficulté étant donné le peu de relation qu’elle entretient avec sa mère. Mais ce n’est pas grave, Papa Lou est là. Papa Lou l’aide, la soutient, l’aime.

Oui, mais il y a cette phrase :

« Sûr Edouard ! Elle ne mesure pas la chance qu’elle a. »
 Prononcée par une voix féminine à son père. De qui parle-t-elle ? De Lilou ?

« Je te consacre déjà suffisamment de temps, non ? »

C’est un reproche ? Non, pas son père !

Grâce à son ami Gabriel, Lilou rend visite à sa mère et découvre celle qu’elle n’a jamais essayé de connaitre : une femme intelligente, très cultivée, une mère aimante. Pourquoi son père l’aurait-il « protégée » d’elle ?

« Ton attitude m’a déçue. »

Le coup de grâce. Nous, lecteur·rices sommes baladés comme Lilou par ce père trop parfait. On lit et on entend ces petites phrases assassines distillées parmi ce flot d’amour paternel. On n’a pas envie d’y prêter attention, puis on comprend qu’il y a quelque chose, que cet homme n’est pas celui qu’on croit. Mais qui est-il ?

L’écriture de Claire Mazard permet au lectorat de s’identifier pleinement à Lilou. On pourrait la trouver naïve mais on s’attache à elle, on ressent cette angoisse poindre lorsque son père la manipule et qu’elle le comprend, on regrette avec elle l’absence de souvenir joyeux de sa mère mourante. Enfin, on a envie d’être fort·e avec elle, qu’elle ne se laisse pas faire et reprenne les rênesde sa propre vie.

La segmentation en chapitre et l’écriture façon journal permettent d’être au plus près du ressenti de Lilou. On est au cœur de ses sentiments, de ses doutes. L’effet-personnage prend tout son sens dans ce roman qui se dévore. On en sort fort·e, déterminé·eavec quelques clés pour mieux percevoir ces personnes toxiques qui, sous couvert de beaucoup d’attention, peuvent entamer dangereusement notre propre estime.

Mots-clés: thriller, lien parent-enfant, adolescence, mort, manipulation.

 

Sophie Buquet, Pour l’Institut International Charles Perrault – Janvier 2020