Tomi Ungerer, « Bombe » ou « Fleur bleue » ?

1ère retranscription des actes de la journée d'études consacrée à Tomi Ungerer 

 

Un grand artiste nous a quitté.e.s : de toutes parts surgissent les louanges. Nous l’avons accompagné depuis qu’il est venu en personne à l’Institut International Charles Perrault faire valoir son esprit mordant et sa générosité politique. Et lorsqu’il a obtenu le Prix Andersen, Prix suprème dans le domaine de l’illustration des albums pour la jeunesse en 1998, nous avons publié, en relation avec le Centre Tomi Ungerer et les musées de Strasbourg, un ouvrage bilingue, (l’anglais signant la marque de son envergure culturelle) un état des lieux de sa création sous le titre :

Tomi Ungerer,

Prix Hans Christian Andersen/ Tomi Ungerer's Toys and Tales, texte bilingue présentant l'oeuvre de l'artiste. Paris: In Press, 1998. ISBN 2-912- 404-10-X.

 

Des jouets et du bricolage culturel à l’engagement international, nous sommes revenus à lui en 2008 dans une autre perspective sous le titre « Tomi Ungerer, paladin du monde occidental? Entre provincialisme et mondialisation »

Européen et citoyen du monde parlant quatre langues, Tomi Ungerer est le chantre de l'Alsace dans L'Alsace en torts et en travers (1988). Pacifiste et provocateur avec ses Trois brigands (1961) qui déchaînent la verve et les 2 commentaires des lecteurs de Babélio, il concentre ses attaques contre la guerre, l'intolérance et les tabous de la société moderne. Grand rêveur avec Jean de la Lune (1966), il élargit le champ de sa quête, à la mort, à la vie, dans les tourmentes de l'Histoire avec Otto (1999). Allumette (1974) aussi révèle la puissance et l’engagement social de ses rêves, alors que Crictor (1958) et Flix (1997) soulignent les torsions de son inflammable imagination.

Dans l’aller-retour de nos lectures, nous sommes revenus à lui en 2001 avec le constat établi dans

Masques et caricatures

dans les albums pour enfants de Tomi Ungerer (1956-1974) publié dans Tomi Ungerer. Les annés new-yorkaises (1956-1971), actes du colloque du 29 novembre 2001; Strasbourg: Les Musés de Strasbourg, 2001, pp. 37-52. ISBN 2-9519127-0-5.

La question qui nous était alors posée pourrait se formuler ainsi : cet illustrateur est-il un « primitif moderne » ou un artiste engagé? C’est aussi la question que nous nous sommes posée dans nos

Carnets d’illustrateurs (Editions du Cercle de la Librairie (2001)

Le jeu avec les masques dans son univers graphique est une constante qui englobe toute son œuvre et tous ses registres. Pour s’en persuader, il suffit de regarder, dans le carnet datant de 1956-1957, où se trouvent les dessins 3 préparatoires d’Adélaïde, et que Tomi Ungerer a bien voulu nous ouvrir, un couple d’enfants de la Belle Epoque - petite fille en chapeau et en crinoline, un cerceau à la main et garçon arborant le béret et le col réglementaires de l’habit de marin et traînant un bateau sur des roulettes. Ces personnages ont le grand sérieux des enfants qui jouent. On pourrait penser que tous deux portent un masque, car leurs pieds qui dépassent de dessous les falbalas, sont ceux d’authentiques cochons ! Certes la facétie irrigue tous ces carnets, mais aussi le sens du destin, le poids de l’amour, de l’éloignement et de la mort, comme en témoigne ce portrait de son épouse Yvonne, comme fondue au paysage : seule est visible une partie de son visage sous les lunettes noires et le foulard gris, esquisse publiée dans Warteraum. (Carnet de 1984, p. 224)

 

Jean Perrot, président fondateur de l’IICP