De la page à l’écran : Apparences et atmosphère dans Harry Potter par Solveig Boissay

Alors que le premier des romans qui allaient former le cycle Harry Potter a été publié en 1997, il a fallu attendre 2001 pour voir son adaptation sur grand écran. Cette dernière fut un succès et engrangea 968 657 891 dollars à travers le monde pour un budget initial de 125 000 000 dollars. De Harry Potter à l’école des sorciers (2001) à Harry Potter et les Reliques de la Mort, 2 ème partie (2011), huit films sont sortis sur nos écrans, qui formeront mon corpus pour cette étude des adaptations cinématographiques des romans de Rowling. La transposition d’un medium à l’autre pose problème car la tâche à laquelle s’attèlent les cinéastes n’est pas aisée. En effet, un roman diffère d’un scénario qui est, lui, rédigé en vue de la fabrication d’un film. De nombreuses questions se posent alors.

Pour commencer, il faut bien comprendre que l’adaptation de romans à succès tels que les Harry Potter vise en premier lieu à faire des lecteurs les premiers spectateurs des films. C’est pourquoi il va être nécessaire de transmettre à l’écran l’atmosphère des romans car c’est elle qui fidélise le lecteur, qui le pousse à vouloir se replonger dans ce monde. Le jeu sur les apparences a, quant à lui, un rôle primordial dans l’intrigue des romans et donc des films mais alors de quelles façons traiter les personnages afin qu’ils gardent leur personnalité et, pour certains, leur ambiguïté ? En d’autres termes, comment passer d’un medium à l’autre sans dénaturer l’œuvre originale et sans pour autant sacrifier la qualité de l’adaptation ? Car qualité ne rime pas nécessairement avec fidélité dans le cas d’une adaptation cinématographique.

Heureusement, le cinéma offre de nombreuses possibilités, et d’autant plus maintenant grâce aux différentes technologies qui se sont développées, comme par exemple les effets spéciaux. Ces derniers, grâce à la vision d’un cinéaste, vont permettre de donner vie à  l’histoire d’Harry Potter avec sa dimension merveilleuse et fantastique. Ils seront aidés également par les acteurs, qui, en donnant vie aux personnages, participent au processus.

C’est par cet aspect que je commencerai cet article pour continuer ensuite sur le problème de format posé par le corpus imposé de sept romans. Ce problème de format va nécessiter des remaniements du texte original mais aussi des décors efficaces pour remplacer descriptions et explications. Pour finir, je voudrais insister sur le fait qu’une adaptation n’est pas une simple copie d’un texte mais une création au même titre que ce dernier, ce qui se traduit par les choix techniques et esthétiques qui vont donner aux films leur caractère. Le montage et la musique auront, eux aussi, un rôle important à jouer.

 

En adaptant un roman pour le cinéma, un réalisateur et une équipe de production imposent leur propre vision de l’histoire. Le problème avec ce type de best-sellers, c’est que les lecteurs ont déjà leur propre vision des personnages et de ce qui se passe. D’après Philip Nel, qui a écrit un article sur les adaptations des romans de Rowling prenant en compte les cinq premiers films : « La dévotion et le niveau d’expertise des fans de Potter font de ces romans des œuvres particulièrement difficiles à adapter. » En effet, puisque le but est de conserver les lecteurs, il ne faudra pas les décevoir et pourtant il est difficile, voire impossible, de plaire à tous. Dans le cas des Harry Potter, il ne faut pas oublier que quatre réalisateurs se sont succédé à la direction des films, ce qui veut dire que chacun offre sa propre vision et que l’on aura donc plusieurs visions de l’histoire d’Harry Potter. Avoir quatre réalisateurs alors qu’il n’y avait qu’un seul auteur dans le cas des romans est à la fois un avantage et un inconvénient. Un inconvénient parce que cela implique un manque de continuité entre les films puisque chaque réalisateur a son propre style. Ceci va à l’encontre de la construction des romans qui, étant écrits par un seul auteur, impose une continuité à l’histoire. Cependant, les romans de Rowling forment un cycle et non une série, ce qui implique une évolution des personnages et cette évolution est accompagnée d’un changement dans l’atmosphère, qui devient de plus en plus sombre. Changer de réalisateur permet donc d’accompagner ce changement d’atmosphère tout au long du cycle. Avec Chris Columbus,  qui a réalisé les deux premiers films, nous étions dans une optique de présentation des personnages et du monde dans lequel ils évoluent. Alfonso Cuarón introduit une atmosphère plus sombre dès le troisième film qui nous montre que Voldemort n’est pas le seul à en avoir après la vie d’Harry. Mike Newell, lui, jongle entre la noirceur de l’atmosphère et l’émergence des sentiments adolescents, qui gagneront en importance au fil des épisodes. Pour finir, David Yates, qui réalise les quatre derniers films, est en charge de tout ce qui se passe après le retour de Voldemort, ce qui offre une certaine continuité à l’histoire de la résistance et du combat contre ce dernier.

Les costumes permettent d’en dire beaucoup sur les personnages et aussi de les différencier les uns par rapport aux autres et cela rien que dans le microcosme de Poudlard où les élèves sont répartis en quatre maisons dont chacune a ses propres couleurs. Les petits blasons sur les capes des acteurs qui incarnent les élèves permettent donc aux spectateurs de voir en un clin d’œil à quelle maison ils appartiennent. Au niveau du macrocosme, il est de même facile de différencier sorciers et Moldus. Les vêtements que portent les sorciers sont particuliers et s’ils semblent étranges aux Moldus, ils n’en sont pas moins très différents selon le sorcier qui les porte. En effet, Rogue est toujours vêtu de noir, ce qui participe à faire de lui un personnage ambigu puisque lorsque les Mangemorts sont introduits dans Harry Potter et la Coupe de Feu, ils sont eux aussi complètement vêtus de noir. Il en va de même pour Voldemort qui, lorsqu’il retrouve son corps à la fin de ce même film, est vêtu d’une robe de sorcier noire et très fluide qui rappelle les Détraqueurs vus dans le film précédent, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. A l’inverse, Dumbledore porte des vêtements colorés et moirés qui lui donnent une allure noble correspondant à son statut de directeur de Poudlard. Cette attention portée aux costumes permet de traduire à l’écran le jeu sur les apparences mis en place par Rowling et de guider les spectateurs, ou bien au contraire de les induire en erreur. Les costumes peuvent aussi servir à montrer l’évolution d’un personnage ce qui est bien visible avec le cas de Sirius Black. La première fois que celui-ci apparaît, il vient de s’évader d’Azkaban, la prison des sorciers, et porte toujours ses vêtements de prisonnier. Ces derniers sont en lambeaux, témoignant de son long voyage jusqu’à Poudlard. Quand on le retrouve dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix, c’est-à-dire deux films plus tard, il apparaît habillé plutôt richement, et ses cheveux et sa barbe sont soignés. Les spectateurs savent maintenant qui il est et son apparence n’a plus besoin de nous faire croire à un personnage au bord de la folie qui représenterait un danger pour Harry.

Le maquillage, quant à lui, va habiller le visage de l’acteur, voire le transformer complètement. Il permet de simuler des blessures, la fatigue ou encore l’âge. Un aspect nécessaire à la réalisation de l’épilogue pour Les Reliques de la Mort, 2ème partie, puisqu’on y retrouve les personnages dix-neuf ans après la fin de l’histoire. Dans le cas de Warwick Davis, qui incarne Flitwick et également le gobelin Gripsec dans Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie, le maquillage est bien plus compliqué. Warwick Davies doit en effet subir le long processus de pose de prothèses pour devenir l’un ou l’autre de ces personnages si bien que l’acteur disparaît presque totalement sous le masque. Le maquillage se fait aussi numériquement. Ralph Fiennes prête ses traits à Voldemort mais le maquillage n’est pas suffisant pour que l’acteur se transforme en son personnage. En effet, le visage de Voldemort est décrit par Rowling comme « plus livide qu’une tête de mort, […] le nez plat, avec des fentes en guise de narines, à la manière des serpents… » (La Coupe de Feu 681) Ralph Fiennes joue donc ses scènes avec des points de repère dessinés sur le visage et grâce à ces repères, l’équipe des effets spéciaux peut effacer son nez numériquement afin qu’il devienne ce personnage inhumain. Une inhumanité notamment traduite par son apparence puisqu’il est, physiquement, comparé à un serpent. Dans une adaptation d’un roman de fantasy, les effets spéciaux sont devenus indispensables puisqu’on y trouve des créatures en tous genres comme des dragons, des trolls, des géants ou encore des elfes de maison. Toutes ces créatures sont créées numériquement et ajoutées au film après les prises de vues tout comme le nez de Ralph Fiennes est effacé. Bien sûr, les effets spéciaux servent aussi à mettre en scène la magie qui, dans une histoire comme celle d’Harry Potter, joue un rôle prépondérant. Dans son article « Les adaptations cinématographiques de la littérature pour jeunes : une nécessité pour Hollywood ? », Nathalie Dupont explique que, jusqu’aux années 1970, les univers féériques décrits dans les romans étaient mis en scène exclusivement dans les dessins animés qui permettaient absolument tout puisque chaque image était créée à la main. De telles adaptations en film sont donc « devenues possibles grâce aux avancées technologiques […] qui ont permis de développer ces mondes merveilleux d’une façon plus plausible et visuellement plus vraisemblable » (Dupont 186). En effet, les effets spéciaux sont aujourd’hui si performants qu’ils ont peu ou pas de limites. Dans le cas des Harry Potter, ils vont permettre de mettre en scène l’atmosphère particulière de l’histoire du jeune sorcier liée à l’utilisation de la magie et ainsi donner aux lecteurs, devenus spectateurs, ce qu’ils attendent. Le choix des spectateurs, et des lecteurs avant eux, de se tourner vers une œuvre de fantasy témoigne d’une envie d’évasion. Cette évasion est rendue possible par le merveilleux qu’apporte la magie à l’histoire. Dans L’école des sorciers et avant même d’entrer à Poudlard, une vitre disparaît et un serpent s’échappe de son vivarium alors que Dudley tombe dedans. Directement tirée du roman, cette scène est exagérée dans le film puisque la vitre réapparaît et que Dudley se retrouve enfermé à la place du serpent. En plus de cette vitre qui disparaît par enchantement, le spectateur a la satisfaction de voir Harry vengé de son cousin Dudley. Même si la magie sert aussi à se battre, les cinéastes continuent à jouer la carte de l’émerveillement. On peut le voir dans L’Ordre du Phénix lors d’une réunion de l’Armée de Dumbledore durant laquelle les élèves apprennent à produire un Patronus. Les personnages eux-mêmes sont émerveillés et il en va de même pour les spectateurs. Les Patronus étant des animaux faits de lumière, ils sont un merveilleux atout pour les cinéastes car ils sont d’une grande beauté visuelle. L’atmosphère magique qui règne à Poudlard est très importante et doit impérativement être recréée à l’écran. Nous verrons que des ajouts au texte de Rowling tendent à amplifier ce phénomène.

Le maquillage et les effets spéciaux constituent un atout indéniable pour rendre compte à l’écran de l’atmosphère des romans et du jeu sur les apparences mis en place par Rowling. Cependant, reste à savoir comment concilier adaptation et fidélité. Un défi amplifié par cet imposant corpus de sept romans et qui pose un problème de format.

 

Le problème de format lié aux adaptations des Harry Potter au cinéma est dû à la longueur des romans qui ne cesse de croître au fil des tomes alors que la durée des films varie très peu. De plus, et comme Nel l’expose dans son article déjà cité précédemment, « un film ne peut être parfaitement fidèle à l’œuvre dont il est tiré car livres et films ont chacun des forces et des contraintes particulières. Aucun de ces media ne peut reproduire exactement ce que l’autre fait. » En effet, l’essence même de chacun de ces media les empêche de conserver une fidélité parfaite dans la transition du roman vers le film. Film et roman sont comme deux langues différentes et donc l’adaptation, comme la traduction, ne peut donner un résultat parfaitement fidèle à l’original. Comme le dit Walter Benjamin dans son célèbre essai « La tâche du traducteur », « aucune traduction ne serait possible si son essence ultime était de vouloir ressembler à l’original. » (Benjamin 249) Une traduction ne peut être égale au texte original dont elle est tirée précisément parce qu’on ne s’y exprime pas dans la même langue, et il en va de même pour l’adaptation puisque les media utilisés sont aussi éloignés l’un de l’autre que deux langues différentes peuvent l’être. On parle en traduction de perspectives cibliste et sourcière. La perspective cibliste accorde une plus grande attention à la cible, c’està-dire à la langue d’arrivée, et ne va pas hésiter à transformer le texte original pour que la traduction soit la plus compréhensible possible aux lecteurs de la traduction. La perspective sourcière, au contraire, tend à « coller » au maximum au texte d’origine. On retrouve ces deux perspectives dans l’adaptation cinématographique puisque le but de l’adaptation est de plaire à la fois aux lecteurs de l’œuvre originale et aux spectateurs qui n’ont pas lu le roman. Ces deux perspectives utilisées en traduction vont se retrouver dans les remaniements de la trame narrative nécessaires à l’adaptation des romans de Rowling en films. En effet, pour pallier le manque de temps dû au format court du film et pour rendre accessible l’histoire à tous les spectateurs, ces remaniements vont être nombreux.

L’elfe de maison Dobby, par exemple, bien qu’il apparaisse dans les quatrième, cinquième et sixième livres, est absent de leur adaptation. Or, Dobby a un rôle important dans ces trois romans. Si son rôle dans Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé a tout simplement été supprimé du film, dans La Coupe de Feu et L’Ordre du Phénix il est remplacé par le personnage de Neville Londubat. C’est Neville qui fournit la Branchiflore à Harry pour qu’il puisse respirer sous l’eau et accomplir la deuxième tâche du tournoi dans le quatrième film et c’est encore Neville qui trouve l’endroit parfait pour les réunions de l’Armée de Dumbledore dans le cinquième film. Neville, l’élève maladroit, se voit donc accorder une promotion anticipée sur la croissante importance de son rôle dans les romans. En effet, lorsqu’on arrive au septième roman, Harry Potter et les Reliques de la Mort, Neville a un rôle de leader et a beaucoup changé. Idée reprise par l’ajout de la scène du train dans Les Reliques de la Mort, 1 ère partie dans laquelle Neville interpelle des Mangemorts qui cherchent Harry : « Hé, les losers ! Il est pas là. » Le Neville du premier film n’aurait jamais agi de la sorte.

Ce genre de modifications sert souvent à pallier un manque de temps mais elles ne doivent pas pour autant manquer de sens et si elles peuvent avoir un impact sur la façon dont un personnage apparaît, elles peuvent aussi en avoir sur l’atmosphère du film. Prenons comme exemple la première nuit qu’Harry passe au château. Dans le roman, si Harry s’endort tranquillement, il est réveillé au beau milieu de la nuit par un cauchemar, mais dans le film on le trouve assis près de la fenêtre, Hedwige à ses côtés. Il a l’air paisible et heureux. Les créateurs du film ont fait ce choix, selon moi, parce qu’il fallait montrer que Poudlard est pour Harry une maison, un foyer, contrairement à la demeure des Dursley. Dans Le Prince de Sang-Mêlé, la scène des funérailles de Dumbledore est remplacée par une autre totalement inventée par le scénariste, Steve Kloves. Dans cette scène, tous les élèves sont rassemblés autour du corps de Dumbledore juste après qu’il a été tué. Alors, parmi les visages tristes, McGonagall lève sa baguette dont le bout s’illumine. Elle est bientôt imitée par d’autres jusqu’à ce que tous suivent son exemple et finissent par faire disparaître la Marque des Ténèbres qui flotte au dessus d’eux. Si cette scène est un vrai raccourci par rapport aux funérailles écrites dans le roman, elle en dit pourtant bien plus car elle suggère que, comme Dumbledore le pensait, les ténèbres, et même Voldemort, peuvent être vaincus si les gens s’unissent. Et ceci est parfaitement représenté par toutes ces baguettes illuminées qui anéantissent le symbole de Voldemort.

Si les modifications peuvent apporter quelque chose aux films, les suppressions ont en général un impact négatif. En effet, dans Le Prince de Sang-Mêlé, peu de choses sont dites sur les Horcruxes et les spectateurs qui n’ont pas lu les romans auront certainement plus de difficultés à suivre. De même, il est plus difficile de comprendre Voldemort car le film ne montre que deux souvenirs liés à lui alors que le roman en propose sept. Il est pourtant très important qu’Harry connaisse son passé et comprenne la façon dont il fonctionne s’il doit l’anéantir. De la même façon Philip Nel regrette le raccourci pris dans L’Ordre du Phénix pour le chapitre « Le pire souvenir de Rogue ». Je ne peux qu’être d’accord avec lui et ce sentiment il l’explique par le fait que « la capacité d’Harry à éprouver de la compassion pour les autres – même pour ceux qu’il n’apprécie pas, tel que Rogue – est un aspect fondamental du personnage » . Nel déplore également le manque d’informations sur le rôle de Rogue dans la résistance. J’ai dit que le jeu sur les apparences était très important dans les romans de Rowling et c’est le cas particulièrement en ce qui concerne Rogue puisque jusqu’à l’avant dernier chapitre des Reliques de la Mort, on ne sait pas s’il espionne Voldemort pour Dumbledore ou bien s’il profite de la confiance de ce dernier pour l’espionner et rendre compte de ce qu’il a vu à Voldemort. Le personnage tient donc une moins grande place dans les films que dans les livres mais ces raccourcis sont malheureusement inévitables, compte tenu du problème de format. De façon plus générale, c’est l’aspect comique des romans qui est souvent laissé de côté dans les films, ce qui rend parfois l’atmosphère un peu oppressante car elle n’est pas équilibrée par le comique utilisé, entre autres, à cette fin par Rowling. Par exemple, le personnage de l’esprit frappeur, Peeves, disparaît totalement des films alors qu’il est souvent utilisé par Rowling et qu’il lui arrive même d’avoir un rôle important.

Si l’on se permet de supprimer des scènes, alors le fait d’en ajouter peut paraître discutable. Il faut donc que l’ajout soit justifiable et qu’il apporte quelque chose au film. En effet, si les ajouts que je vais exposer donnent des indices au spectateur, ils en disent parfois un peu trop long sur certains personnages. Par exemple, à la fin de Harry Potter et la Chambre des Secrets, on peut voir Lucius Malefoy lever sa baguette sur Harry et commencer à prononcer la formule du sortilège de mort « Avada Kedavra ». Cela insiste plutôt lourdement sur la possibilité que Lucius soit un partisan de Voldemort. Cet ajout me paraît peu pertinent, compte tenu du fait que la même chose est déjà suggérée par le fait qu’il ait mis le journal de Jedusor dans les affaires de Ginny. De plus, il paraît peu probable que même Lucius Malefoy tue un élève dans l’enceinte de l’école et à la sortie du bureau de Dumbledore.

De même, un tic nerveux a été ajouté à Barty Croupton Jr., qui apparaît sous les traits de Maugrey dans La Coupe de Feu. Ce dernier est souvent surpris à tirer légèrement la langue, tout comme le Barty Croupton Jr. que l’on voit dans la Pensine. Le lien entre les deux personnages devient peut-être un peu trop évident et en dit peut-être un peu long trop tôt dans l’histoire.

Certains ajouts sont tout à fait pertinents et apportent quelque chose au film ou aident à définir un personnage. Par exemple, on peut voir dans Le prisonnier d’Azkaban Neville se cacher derrière un rocher quand Hagrid demande qui veut s’approcher de Buck l’hippogriffe. Cet ajout permet, à ce stade de la saga, de définir Neville plus précisément en mettant en avant sa nature peureuse tout en ajoutant une note humoristique au film. De la même façon, quand à la fin de L’Ordre du Phénix tous se dirigent vers la gare, on peut voir Harry en tête du groupe, ce qui nous montre en un simple plan qu’Harry devient un leader et qu’il est prêt à endosser son rôle d’Elu. Dans Le Prince de Sang-Mêlé, c’est de Drago qu’on veut en dire plus puisque des scènes ont été ajoutées le montrant en train de tester l’Armoire à Disparaître. On peut alors voir tous les doutes de Drago et toute sa souffrance puisqu’on le trouve même en train de pleurer à chaudes larmes. Cette scène n’est pas écrite dans le roman mais elle y existe sous forme de discours rapporté par le fantôme Mimi Geignarde. Montrer ces scènes plutôt que de les relater au travers de dialogues permet de supprimer nombre de discussions qui ralentiraient le rythme de l’action.

Afin d’insister sur l’aspect magique du château, un ajout a aussi été fait dans L’école des sorciers lorsque Percy, conduisant les première année à leur dortoir, nous offre la réplique: « Méfiez-vous des escaliers, ils n’en font qu’à leur tête ! », suivie d’un plan vertigineux montrant tous les escaliers au dessus de nos héros bouger en tous sens. Dans un autre registre, on peut voir dans Le Prince de Sang-Mêlé, les Mangemorts enlever Ollivander, le fabriquant de baguettes. L’enlèvement est mentionné dans le roman, il est donc justifié de le montrer dans le film. De la même façon, on peut voir les Mangemorts tenter une attaque sur Poudlard et échouer, montrant à la fois que le château est bien protégé et qu’ils n’ont pas peur de le prendre pour cible. Il y a dans le film une autre attaque ajoutée, celle-ci peut être plus discutable. En effet, on assiste à l’incendie de la maison des Weasley après l’attaque des Mangemorts, ce qui suggère de manière très visuelle qu’aucun endroit n’est sûr. Puisqu’il s’agit d’un film, la dimension visuelle est très importante et c’est pour cela que l’ajout de la scène où l’on peut voir Hermione effacer la mémoire de ses parents et quitter leur domicile dans Les Reliques de la Mort, 1ère partie est intéressant car il montre bien les sacrifices qu’elle fait pour combattre Voldemort. De plus, David Yates en a fait une scène poignante en montrant que Mr et Mrs Granger oublient leur fille car on peut la voir disparaître de toutes les photos disposées dans la maison.

Le visuel passe également par les décors à travers lesquels on doit pouvoir saisir instantanément l’atmosphère d’un lieu et ainsi remplacer des lignes de récits par un nombre restreint de plans. A l’écran ce qu’il y a à savoir sur un lieu doit se voir sans qu’on ait besoin d’explications supplémentaires. Les décors, qu’ils soient naturels ou créés en studio pour les besoins du film, ont des choses à transmettre. L’un des plus importants décors extérieurs est celui de la Forêt Interdite, où Harry aperçoit Voldemort qui se nourrit de sang de licorne. De très grands arbres ont été utilisés pour ce décor, donnant ainsi l’impression que les personnages sont minuscules et sans défense face à ce qui pourrait leur barrer la route. Même Hagrid, étant un demi-géant et donc très grand, paraît tout petit. De plus, la brume confère une atmosphère vraiment lugubre à cette forêt. En effet, tout ce qui a trait à la météorologie est pour beaucoup dans l’atmosphère de ces films. Comparons par exemple quelques matchs de Quidditch. On remarque que dans les deux premiers films le soleil est au beau fixe et Harry, après quelques difficultés, attrape le Vif d’or et permet à son équipe de remporter la victoire. En revanche, dans le troisième film, Harry joue sous la pluie et l’orage et finit par tomber de son balai, ce qui l’empêche de finir le match et lui vaut un séjour à l’infirmerie. En général, la pluie n’est pas un bon présage dans ces films. Elle tombe lors du premier Halloween qu’Harry passe à Poudlard et pendant lequel un troll est introduit dans le château, et elle tombe pendant le trajet en train qui est interrompu par les Détraqueurs. Dans La Coupe de Feu, il y a un plan plutôt intéressant ; il apparaît après le premier cours de Maugrey et, alors que les personnages quittent le champ, on zoome sur le vitrail qui se trouve derrière et on peut voir la pluie s’écraser sur la fenêtre, donnant l’impression que le personnage du vitrail pleure. Ceci n’augure rien de bon, comme le prouve la sélection d’Harry pour un dangereux tournoi alors qu’il n’a pas l’âge requis. La façon dont la neige est utilisée est, elle aussi, intéressante. Dans Le Prince de Sang-mêlé, le sixième film de la saga, on peut voir Harry, Ron et Hermione se diriger vers Pré-au-Lard sous quelques flocons. Sur le chemin du retour en revanche, alors qu’une élève est ensorcelée par un collier aux pouvoirs dangereux, les flocons épars ont laissé place à une tempête de neige qui ajoute un élément visuel à cette scène dramatique grâce au contraste entre le chemin de nos héros à l’aller et au retour.

Les décors servent aussi à montrer toute l’originalité du monde sorcier et le meilleur exemple est celui du Chemin de Traverse car c’est le premier endroit réservé aux sorciers qu’Harry visite et on le voit émerveillé par toutes les boutiques plus surprenantes les unes que les autres. Le décor est penché, les murs des maisons sont tout aussi biscornus que leur toit, ce qui diffère de l’atmosphère organisée que l’on ressent chez les Dursley. De cette façon, la cabane au milieu de la mer, où ces derniers trouvent refuge pour échapper aux lettres qui poursuivent Harry, représente la transition entre le monde moldu, incarné par les Dursley, et le monde sorcier, incarné par Hagrid qui vient chercher Harry pour l’emmener sur le Chemin de Traverse. La maison des Dursley représente en effet l’univers rigide dans lequel Harry a grandi, mais il nous dit bien plus encore. En effet, dans le premier film, l’intérieur de la maison nous est montré et on y découvre une multitude de photos de Dudley avec ses parents ou bien seul. Cependant, il n’y a absolument aucune photo où Harry soit présent. Ce décor permet de montrer que pour les Dursley, Harry ne fera jamais partie de la famille sans avoir besoin de le formuler avec des mots. On peut comparer cet intérieur avec celui des Weasley, qui nous est présenté pour la première fois dans le deuxième film, La Chambre des Secrets. Les couleurs sont bien plus chaudes chez les Weasley, où l’on trouve des tons de rouge et d’orange qui rappellent la couleur de cheveux dont toute cette famille a hérité. Chez les Dursley, en revanche, ce sont des couleurs moins vives : du vieux rose et d’autres couleurs pâles. La maison des Weasley a donc un aspect bien plus chaleureux, mais ce n’est pas tout ce qui fait son originalité. En effet, lorsqu’Harry pénètre dans cette maison, c’est la première fois qu’il se trouve dans une maison de sorciers et il est donc émerveillé de découvrir qu’au Terrier, la vaisselle, ainsi que le tricot, se font d’eux-mêmes. Montrer la magie au quotidien donne aux spectateurs ce qu’ils attendent des films, en particulier à ceux qui étaient lecteurs. De la même façon, si l’on compare les salles communes de Gryffondor et de Serpentard, on se retrouve confronté à une grande différence. Tout est fait pour que la salle commune de Gryffondor paraisse accueillante et douillette : les murs sont recouverts de tapisseries aux couleurs chaudes, des couleurs que l’on retrouve sur les fauteuils tendus de velours rouge. Dans la salle commune de Serpentard, à l’inverse, les murs de pierres sont à nu et quelques tentures portent les couleurs vert et argent de la maison ; quant aux fauteuils, ils sont en cuir noir. C’est un décor qui paraît peu accueillant à n’importe quel enfant.

Si les décors peuvent en dire long sur certains lieux ainsi que sur l’atmosphère qui y règne, ce n’est pas leur seule faculté. Ils peuvent aussi nous en apprendre davantage sur les personnages et même nous révéler que les apparences peuvent être trompeuses grâce à de petits détails bien choisis. Prenons l’exemple de Lockhart. L’égocentricité de ce dernier ne peut être remise en cause et elle est mise en scène de façon flagrante à travers les images exposées dans sa salle de classe : uniquement des portraits de lui-même et l’un d’eux allant jusqu’à le représenter en train de peindre un autoportrait. Vers la fin du film, alors que Ron et Harry lui demandent de sauver Ginny, on trouve Lockhart en train de faire ses valises et on peut également apercevoir une perruque sur son bureau. Cette perruque nous dit que Lockhart ment sur son apparence et suggère dans le même temps qu’il est possible qu’il mente sur bien plus que cela et notamment sur tous les exploits qu’il dit avoir accomplis. La perruque n’est peut être qu’un détail du décor mais un détail d’importance puisqu’elle nous donne un indice sur l’imposture de Lockhart.

Cette perruque prouve également que les créateurs des films, qu’ils soient scénaristes, réalisateurs ou encore en charge des décors, ont une marge de manœuvre pour créer ces films car c’est bien ce qu’ils sont : une création, et cela au même titre que les romans. Bien que la liberté de l’équipe de production soit limitée à cause de l’attente des spectateurs-lecteurs, l’adaptation cinématographique reste un processus créatif par bien des aspects.

 

Le rôle que joue la lumière est très important et la première question à se poser est de savoir si elle est présente ou si, au contraire, on a choisi de jouer la carte de l’obscurité. Dans Le Prince de Sang-Mêlé, par exemple, lorsque Dumbledore et Harry se rendent dans la grotte où Voldemort a caché un Horcruxe, il y fait noir et la seule lumière est celle produite par leur baguette. Seulement, cette lumière blanche ne suffit pas à éclairer correctement l’endroit et, de plus, elle vieillit Dumbledore, qui paraît bien plus faible, semblant alors annoncer sa mort prochaine. Au sein même de Poudlard, la lumière a son importance et les salles de classes nous révèlent certains traits des professeurs qui y enseignent. La classe du professeur Rogue se trouve dans les cachots, ce que l’on peut voir grâce aux petites fenêtres qui se trouvent en haut des murs et qui ne laissent pas entrer beaucoup de lumière. En plus de cela, les chaudrons dégagent de la vapeur et rendent l’atmosphère de la pièce vaporeuse, mystérieuse et quelque peu inquiétante. Cette atmosphère particulière reflète bien le brouillard qui entoure le personnage ambigu de Rogue. La salle du professeur Flitwick est à l’opposé car elle est très illuminée et donc bien plus accueillante. Les élèves sont assis de chaque côté du professeur qui se tient debout sur une pile de livres en raison de sa petite taille, ce qui, en restant fidèle à Rowling, ajoute une note d’humour à la scène. Quant à à la Chambre des Secrets qui possède une lumière verdâtre assez malsaine rappelant bien entendu les couleurs de Serpentard, sa couleur suggère aussi que ce qui se passe dans cet endroit est malsain et en effet, le souvenir de Tom Jedusor enfermé dans son journal revient à la vie en volant à Ginny Weasley sa force vitale. Nous ne l’apprendrons que plus tard mais le journal est un Horcruxe, c’est-à-dire que Voldemort (Tom Jedusor) y a caché une partie de son âme, acte rendu possible par le meurtre.

L’autre question que l’on peut se poser est de savoir si c’est la lumière du soleil ou de la lune qui éclaire la scène. Dans les films comme dans les romans, c’est souvent la nuit que se passent les choses importantes, qu’Harry et ses amis découvrent de nouveaux éléments pour résoudre les énigmes auxquelles ils sont confrontés. C’est bien la nuit qu’ils vont dans la Forêt Interdite puis, qu’ils partent à la poursuite de Quirrell. C’est aussi la nuit qu’a lieu la Troisième Tâche du tournoi et qu’Harry voit Voldemort revenir. De même, c’est la nuit que Dumbledore donne des cours particuliers à Harry sur le passé de Voldemort et que, dans les Reliques de la Mort, 2ème partie, le passé de Rogue est enfin révélé avec le passage correspondant au chapitre « Le récit du prince ». Cette scène très attendue fait la clarté sur la véritable nature de Rogue et révèle à qui va son allégeance et pourquoi. Le fait que les aventures des héros soient nocturnes confère à ces scènes une atmosphère plus solennelle et aussi bien plus secrète car ce que les personnages s’emploient à faire ne doit pas être su et, la plupart du temps, est interdit par le règlement de l’école… C’est le moment où tout semble possible : les rêves, ou bien le cauchemar, l’emportent sur la réalité.

L’emplacement ainsi que les mouvements de la caméra ont, bien entendu, un rôle primordial. Dans Les Reliques de la Mort, 1ère partie, par exemple, la scène durant laquelle nos trois héros tentent d’échapper aux Rafleurs a été filmée en travelling grâce à une caméra sur rails qui suit les acteurs alors qu’ils courent. Ceci, en plus du fait que la course poursuite a  lieu dans la forêt et que l’on voit les arbres défiler devant la caméra, donne à la séquence toute l’urgence dont elle a besoin pour tenir le spectateur en haleine. De la même façon, alors qu’Harry fait sa retenue avec Lockhart dans La Chambre des Secrets et qu’il entend la voix du Basilique, la caméra effectue des mouvements de balancier en se rapprochant de Daniel Radcliffe12 suggérant le mouvement d’un serpent qui se déplace et, plus particulièrement, la façon dont le Basilique parcourt le château grâce à la tuyauterie. Dans Le Prince de Sang Mêlé, nous avons un plan intéressant dans la grotte de l’Horcruxe. En effet, les seuls personnages à filmer dans ces séquences sont Dumbledore et Harry et pourtant lorsque ce dernier quitte la barque pour se rendre sur le petit îlot au milieu du lac, c’est sur son pied que se concentre la caméra. Elle reste fixée à cet endroit même une fois que le pied a disparu du champ. Ce plan suggère que les deux personnages ne sont pas seuls et que d’autres créatures pourraient bien être cachées dans l’eau, idée qui va se vérifier rapidement. Ceci ajoute à la tension de la scène et rend l’atmosphère plus oppressante.

Les positions de caméra en plongée ou contre-plongée sont très intéressantes car elles permettent de donner à un personnage une certaine stature, de le faire paraître plus grand et menaçant ou bien plus petit. Il y a un jeu entre ces deux positions au début de La Chambre des Secrets quand Harry rencontre Lucius Malefoy dans la librairie. Les deux personnages évoquent Voldemort et Lucius apparaît tout d’abord filmé en contre-plongée, ce qui le rend très menaçant, un sentiment appuyé par son geste lorsqu’il tire Harry vers lui et repousse ses cheveux du pommeau de sa canne en forme de serpent pour voir sa cicatrice. Harry apparaît en plongée et semble bien petit. Cependant lorsqu’il répond courageusement à Lucius : « Voldemort a tué mes parents. Il n’était rien d’autre qu’un meurtrier. », les personnages semblent se trouver sur un pied d’égalité puisque le plan suivant les montre face à face et que la caméra est droite. On trouve ce même genre de jeu dans L’Ordre du Phénix, lors de la confrontation entre McGonagall et Ombrage. McGonagall reproche à Ombrage ses méthodes de punitions. Cette scène est tournée dans un escalier, détail qui devient un véritable atout pour la scène car lorsqu’Ombrage ouvre les hostilités, elle monte une marche, semblant alors plus grande que McGonagall. Mais, en répondant, cette dernière monte également une marche et reprend le dessus. Cependant, alors qu’Ombrage assène le coup de grâce, McGonagall redescend d’une marche et Ombrage en monte une, annonçant ainsi sa prise de pouvoir à Poudlard. Dans cette scène, Ombrage révèle son vrai visage et plus tard la noirceur de son âme, dissimulée jusque-là sous ses vêtements roses.

 

Si l’enchaînement des plans joue un rôle important dans la construction d’une scène, l’enchaînement des scènes joue un rôle tout aussi important dans la construction du film. On peut le voir dès le début du premier film qui nous montre Dumbledore déposer Harry devant la porte des Dursley. Alors que Richard Harris prononce la phrase « Bonne chance, Harry Potter. », la caméra zoome sur la cicatrice du bébé qui s’illumine et le plan suivant nous montre le titre du film, puis on revient à la cicatrice qui cesse de briller et qui se trouve maintenant sur le front d’un jeune garçon de onze ans. Le lien entre les deux personnages est fait par la cicatrice, elle-même associée au nom « Harry Potter ». Ceci fait de lui un personnage reconnaissable pour les spectateurs ainsi que pour les autres personnages du film, comme on le verra à plusieurs reprises dans L’école des sorciers et les films suivants. De même, dans Le Prince de Sang-Mêlé, le lien d’une scène à une autre est fait par un plan du livre de potions du Prince de Sang-Mêlé suivi d’un plan du journal de Jedusor, qu’Harry a détruit dans La Chambre des Secrets. Le fait que ces deux plans se suivent suggère un lien entre les deux livres. Ce lien n’est révélé qu’à la fin du film lorsque Rogue avoue être le Prince de Sang-Mêlé après avoir tué Dumbledore. Harry, comme le spectateur, le croit alors du côté de Voldemort, de son vrai nom Jedusor, à qui appartenait le journal. Plutôt absent du Prince de Sang-Mêlé, le personnage de Rogue revient sur le devant de la scène pour clôturer l’histoire. La scène d’ouverture le montre à Poudlard, dominant la cour où les élèves marchent au pas militaire. Le changement est saisissant, toute la magie des lieux semble s’être envolée et, en tant que personnage central de la scène, Rogue apparait comme responsable de cette terrible vision. Le choix d’ouvrir le dernier film avec cette scène n’est pas anodin. Bien sûr, il s’agit de montrer ce qu’est devenu Poudlard après Les Reliques de la Mort, 1ère partie, durant lequel l’école n’est jamais montrée. Mais, c’est bien Rogue que l’on voit en premier dans cette scène et on comprend donc qu’il jouera un rôle important, en bien ou en mal, dans cette partie finale.

Bien que cinq compositeurs différents se soient succédé, tous respectent le premier thème composé par John Williams, « Hedwig’s theme », et le reprennent en l’adaptant à l’atmosphère des films suivants. Le thème est de plus en plus sombre ainsi que le logo Warner Bros qui ouvre chaque film avec ce thème musical. Le premier film commence avec l’arrivée de Dumbledore dans le quartier des Dursley. Cette arrivée ne passe pas inaperçue aux yeux des spectateurs puisque Dumbledore est bizarrement habillé pour eux qui ne connaissent pas encore les sorciers. De plus, son arrivée est accompagnée d’une musique créée par John Williams et ayant pour titre « The Arrival of Baby Harry ». Cette musique reflète parfaitement l’aura de mystère qui entoure le seul personnage présent dans la scène et elle semble annoncer qu’aussi curieux qu’il soit, des choses plus étranges encore sont sur le point de se produire et, en effet, quelques secondes plus tard, Dumbledore utilise un objet qui capture la lumière de chaque lampadaire de la rue. On retrouve, à peu de différences près, la même musique dans le deuxième film, cette fois nommée « The Escape From The Dursleys » et une fois encore quelque chose d’étrange se produit : une voiture volante, conduite par les jumeaux Weasley et leur frère Ron, se gare devant la fenêtre d’Harry, située à l’étage. Ce thème musical semble nous dire que la magie fait partie de ce monde et que c’est en cela qu’il diffère du nôtre. Bien que les événements puissent sembler étranges, ils sont parfaitement ordinaires dans ce monde.

Comme costume et maquillage, le thème musical qui accompagne un personnage lui donne de la profondeur et aide le spectateur à savoir qui il est ou peut, au contraire, servir à l’induire en erreur. Prenons le personnage de Lockhart, par exemple. Son trait de caractère le plus fort est son égocentricité et le thème « Gilderoy Lockhart » composé par John Williams est tout aussi pompeux que le personnage pour lequel il a été créé. Quant au professeur Ombrage, elle est accompagnée d’une musique conquérante composée par Nicholas Hooper et intitulée « Professor Umbridge » alors qu’elle parcourt les couloirs du château en faisant respecter le règlement. Cette séquence voit aussi les décrets qu’elle fait passer s’afficher en transparence, ce qui montre qu’elle prend le contrôle de l’école, comme le dit Hermione : « Elle est en train de prendre le pouvoir ! » On peut trouver un morceau très intéressant dans Le Prince de Sang-Mêlé, toujours composé par Nicholas Hooper et intitulé « Malfoy’s Mission ». En effet, on voit Drago dans le film plus qu’il n’apparaît dans les livres et il lui fallait donc un thème. Le thème qui lui est consacré exprime toute la complexité du personnage car il est composé à la fois de notes basses et inquiétantes qui révèlent son côté sombre, mais il est rehaussé par un piano mélancolique et une flûte triste qui nous montrent l’impuissance du personnage face à sa mission et aussi son désespoir. Drago fait ce qu’on lui demande mais, au fond, est-ce vraiment qui il est ? De plus, la flûte rappelle l’oiseau qu’il utilise pour tester l’Armoire à Disparaître et combien il est choqué en le retrouvant mort.

La musique agit aussi beaucoup sur l’atmosphère générale des films et même l’environnement sonore peut être utilisé. Un bon exemple est une scène qui se situe au début du Prisonnier d’Azkaban, dans laquelle Harry aperçoit quelque chose dans les buissons. Il est assis dans la rue en pleine nuit, il fait humide, l’atmosphère est lugubre mais cela empire quand les balançoires et autres jeux pour enfants derrière notre héros se mettent à bouger dans des grincements désagréables. C’est là qu’une forme sombre apparaît dans les buissons et que musique angoissante et sons grinçants se mêlent avant que la tension ne s’évanouisse avec l’arrivée du Magicobus. Le même phénomène se produit un peu plus tard dans le film quand Mr Weasley s’entretient avec Harry au Chaudron Baveur. On peut entendre la musique du pub en fond sonore et une autre musique s’insinue alors que le sujet de Sirius Black est abordé. Quand Harry demande « Pourquoi est-ce que j’essaierais de retrouver quelqu'un qui veut me tuer ? » , le thème musical prend complètement le pas sur la musique du pub qui disparaît. Il en va de même dans La Coupe de Feu lors de la scène où Harry ramène le corps de Cedric. Au début, c’est une fanfare qu’on entend et qui accueille les champions et quand le public se rend compte que l’un d’eux est mort, c’est le thème « Death Of Cedric » qui devient de plus en plus puissant et qui remplace la fanfare, qui s’arrête sous le choc. Dans L’Ordre du Phénix, et dans un registre tout à fait différent, il y a un morceau un peu particulier. Ce dernier est utilisé alors qu’Harry a une vision de Voldemort à la gare et n’est composé que de coups réguliers sur une grosse caisse, qui font penser à des coups de canon. Cela suggère que la guerre entre bien et mal, ou, comme le dit Dumbledore, entre « le bien et la facilité » , a bel et bien commencé. Si Voldemort a toujours été une menace, la menace est aujourd’hui plus concrète encore, ce qui a une influence sur l’atmosphère des romans et sur celles des films. La musique peut être utilisée en « clin d’œil » comme c’est le cas du thème « Leaving Hogwarts » composé par John Williams. Ce thème, qui clôture L’école des sorciers, vient également clôturer Les Reliques de la Mort, 2ème partie lors de l’épilogue. Ce fameux épilogue nous montre les enfants d’Harry prendre le Poudlard Express pour rejoindre l’école alors que la fin de L’école des sorciers nous montrait Harry prendre ce même train pour rentrer chez les Dursley. Si la destination n’est pas la même, l’idée transmise l’est car à la fin du premier film, Harry prononce ces mots : « Je ne rentre pas chez moi. Pas vraiment. » Poudlard a été un foyer pour Harry, bien plus que ne l’aura été la maison des Dursley, et l’école de sorcellerie est une seconde maison pour ses enfants qui y retournent avec bonheur.

Adapter un roman au cinéma, on l’a vu, n’est pas chose aisée du fait de la différence entre ces deux media que sont le roman et le film. A travers cet article, j’ai voulu montrer que ce que j’appellerais la magie du cinéma permet de donner vie aux mondes les plus invraisemblables tout en conservant l’atmosphère et les apparences grâce à la musique, aux jeux de caméra et à bien d’autres procédés, et cela même en modifiant la trame narrative écrite par J.K. Rowling. Tous ces éléments aident le spectateur à comprendre qui sont les personnages, ou bien permettent de le manipuler avant que la vérité ne lui soit révélée. Tout au long de ces sept films, la caméra s’est faite narratrice et nous a montré ce que le narrateur des romans prend le temps de nous décrire. Le medium du film permet d’ajouter à la fois le visuel et l’auditif à la narration de l’histoire et cela permet de retranscrire l’atmosphère et la complexité des apparences des romans vers les films en montrant plutôt qu’en décrivant.

Les différents cinéastes qui se sont relayés à la réalisation des Harry Potter ont dû jongler entre de longs romans et le format court d’un film, qui doit raconter en deux heures plusieurs centaines de pages. On comprend alors le choix qui a été fait de couper en deux parties le dernier roman Les Reliques de la Mort pour en faire deux films. C’est un changement important car cela rompt le schéma que l’on trouvait dans l’organisation des romans – un livre pour un an dans la vie du personnage – qui était suivi jusque-là du schéma un film pour un an dans la vie d’Harry Potter. Si ce choix permet pour un moindre coût de production d’engranger deux fois plus de bénéfices, il n’en reste pas moins nécessaire. En effet, il permet à David Yates de traiter le thème de la guerre, prépondérant dans cette partie finale, et de développer des aspects de l’histoire laissés de côté, liés notamment à Rogue et Voldemort. Peu présent dans l’adaptation du Prince de Sang-Mêlé malgré l’importance du personnage dans le roman, Rogue reste l’un des personnages les plus ambigus du cycle et ce jusqu’à l’avant-dernier chapitre des Reliques de la Mort. Il nécessite donc que l’on prenne le temps de le développer avant de clôturer l’aventure. Diviser le dernier roman en deux parties permet donc aux créateurs des films de préciser certains points pour que la fin de l’histoire puisse être appréciée et comprise par les spectateurs, qu’ils aient été lecteurs ou non.

 

Références

Filmographie

Harry Potter à l’école des sorciers (Harry Potter and the Sorcerer’s Stone). Réalisation : Chris Columbus. Scénario de Steve Kloves d’après le roman éponyme de J.K. Rowling 18 (1997). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Alan Rickman. Producteur: David Heyman; prises de vues réelles, couleur, 147 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2001.

Harry Potter et la Chambre des Secrets (Harry Potter and the Chamber of Secrets). Réalisation : Chris Columbus. Scénario de Steve Kloves d’après le roman éponyme de J.K. Rowling (1998). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Kenneth Brannagh. Producteur: David Heyman; prises de vues réelles, couleur, 155 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2002.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (Harry Potter and the Prisoner of Azkaban). Réalisation : Alfonso Cuarón. Scénario de Steve Kloves d’après le roman éponyme de J.K. Rowling (1999). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, David Thewlis. Producteurs : David Heyman, Chris Columbus, Mark Radcliffe ; prises de vues réelles, couleur, 130 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2004.

Harry Potter et la Coupe de Feu (Harry Potter and the Goblet of Fire). Réalisation : Mike Newell. Scénario de Steve Kloves d’après le roman éponyme de J.K. Rowling (2000). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Ralph Fiennes. Producteur : David Heyman ; prises de vues réelles, couleur, 150 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2005.

Harry Potter et l’Ordre du Phénix (Harry Potter and the Order of the Phoenix). Réalisation : David Yates. Scénario de Michael Goldenberg d’après le roman éponyme de J.K. Rowling (2003). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Gary Oldman. Producteurs: David Heyman, David Barron ; prises de vues réelles, couleur, 133 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2007.

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (Harry Potter and the Half-Blood Prince). Réalisation : David Yates. Scénario de Steve Kloves d’après le roman éponyme de J.K. Rowling (2005). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Michael Gambon. Producteurs : David Heyman, David Barron; prises de vues réelles, couleur, 154 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2009.

Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie (Harry Potter and the Deathly Hallows part 1). Réalisation : David Yates. Scénario de Steve Kloves d’après Harry Potter and the Deathly Hallows de J.K. Rowling (2007). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Tom Felton. Producteurs: David Heyman, Davide Barron, J.K. Rowling; prises de vues réelles, couleur, 145 min, Etats-Unis/Grande Bretagne, 2010. 

Harry Potter et les Reliques de la Mort, 2ème partie (Harry Potter and the Deathly Hallows part 2). Réalisation : David Yates. Scénario de Steve Kloves d’après Harry Potter and the Deathly Hallows de J.K. Rowling (2007). Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Alan Rickman. Producteurs : David Heyman, David Barron, J.K. Rowling ; prises de vues réelles, couleur, 130 min, Etats-Unis/Royaume-Uni, 2011.

 

Bibliographie

Sources primaires (le cycle Harry Potter de J.K. Rowling, traduit de l’anglais par JeanFrançois Ménard)

ROWLING, J.K. Harry Potter à l’école des sorciers (Harry Potter and the Philosopher’s Stone; titre US: Harry Potter and the Sorcerer’s Stone). 1997. Paris : Gallimard, 1998

________. Harry Potter et la Chambre des Secrets (Harry Potter and the Chamber of Secrets). 1998. Paris : Gallimard, 1999

________. Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban (Harry Potter and the Prisoner of Azkaban). 1999. Paris : Gallimard, 1999

________. Harry Potter et la Coupe de Feu (Harry Potter and the Goblet of Fire). 2000. Paris : Gallimard, [2000] 2007

________. Harry Potter et l’Ordre du Phénix (Harry Potter and the Order of the Phoenix). 2003. Paris : Gallimard, 2003

________. Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé (Harry Potter and the Half-Blood Prince). 2005. Paris : Gallimard, 2005

________. Harry Potter et les Reliques de la Mort (Harry Potter and the Deathly Hallows). 2007. Paris : Gallimard, 2007

 

Sources secondaires

BENJAMIN, Walter. « La tâche du traducteur » in Œuvres I. Paris : Folio Essais. 2000.

BESSON, Anne. « De la série au cycle, de la suspension du temps au reflet de son passage. La double contrainte en littérature de jeunesse : l’exemple des ensembles romanesques. » 20 in Isabelle CANI, Nelly CHABROL GAGNE et Catherine D’HUMIERES (dir.). Devenir adulte et rester enfant ? Relire les productions pour la jeunesse. Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise Pascal, 2008

DUPONT, Nathalie. « Les adaptations cinématographiques de la littérature pour jeunes : une nécessité pour Hollywood ? » in Le grand jeu et le pays perdu. Cahiers Robinson n°25. 2009

FERRIER, Bertrand. « Les novélisations pour la jeunesse : reformulations littéraires du cinéma ou reformulations cinématographiques de la littérature ? », dans Ce que le cinéma fait à la littérature (et réciproquement), Fabula LHT (Littérature, histoire, théorie), n°2, 1 décembre 2006. URL : http://www.fabula.org/lht/2/Ferrier.html

FOZZA, Jean-Claude, Anne-Marie GARAT et Françoise PARFAIT. La Petite fabrique de l’image. Paris : Editions Magnard, 2003.

NEL, Philip. « Lost in Translation? Harry Potter from Page to Screen » in Elizabeth E. HEILMAN (ed.). Critical Perspecvtives on Harry Potter. New York and London: Routledge. 2009.

 

Solveig Boissay

Solveig Boissay est titulaire d’un Master d’anglais obtenu à l’université de Rouen, pour lequel elle a présenté un mémoire intitulé The Construction of a Children’s Literature Character : The Evolution of Harry Potter, a Child Hero. 

 

PDF dispo ici :harry_potter_de_la_page_a_lecran_-_solveig_boissay.pdf