La nuit des secrets

 

Autrice : Caroline Sire
Illustrations d’Irène Bonacina
Collection Kilim chez Syros
2018

 

Enigmes, mise en abîme du conte, un prince silencieux, une jeune fille déterminée… tout est réuni pour nous happer dans ce conte irlandais. Quand Caroline Sire, l’autrice, a entendu Dan Yashinsky (conteur canadien) conter cette histoire, elle l’a tellement aimée qu’elle l’a écrite à son tour. 

Les Fianna forment un clan de guerrier dont le chef, Ard Rí tombe éperdument amoureux d’une mystérieuse jeune femme rencontrée dans le monde de « l’autre côté ». Après avoir donné naissance à un garçon, l’amoureuse inconnue disparait. Inconsolable, le roi ne pourra donner d’attention à son jeune fils, qui, malheureux lui aussi et terriblement seul, se terre dans le silence. Voyant son accession au pouvoir approcher, le roi proclame que quiconque redonnerait la parole à son fils recevrait une grande récompense. Après des dizaines d’essais infructueux, Shevawn saisit sa chance parce qu’elle l’a rêvé. Et comme lui a dit la Vieille Infortunée qui l’a recueillie : «  There’s no such thing as fortune or misfortune, there are only those who miss fortune. » (« La malchance, ça n’existe pas. Il n’y a que ceux qui passent à côté de leur chance. ») 

L’autrice a fait le choix d’utiliser le vocabulaire gaëlique et de le traduire parfois en dessous. Nous découvrons alors l’univers des légendes irlandaises. 

Les illustrations d’Irène Bonacina à l’encre traduisent la poésie de l’écriture et de ce conte. 

Ce conte écrit pour être conté à son tour entretient un lien étroit avec le lectorat à qui la narration s’adresse. Lorsque les énigmes sont formulées, le lectorat est invité à poser le livre et réfléchir à sa réponse. 

La mise en abîme du conte y interroge le caractère profondément réparateur de la littérature. Début et fin du récit se font écho, comme un cycle qui se poursuit.

Le récit segmenté en chapitre est court, mais ce conte s’adresse à un lectorat ou un auditoire à partir du cycle III en raison de sa richesse d’interprétation, le vocabulaire gaëlique très présent, et la réflexion autour du rôle du conte qu’il peut susciter. 

 

Sophie Buquet, pour L’institut International Charles Perrault – Janvier 2020