Comité de lecture du 07/11/2018

Annie Herbauts, Une histoire de mains,Casterman, collection « Les Albums », 2017

 

Annie Herbauts, auteure belge qui a suivi un cursus artistique, a reçu plusieurs récompenses prestigieuses  pour ses ouvrages antérieurs. 

1998 - Que fait la lune, la nuit ?, Casterman, 1998 : Prix fiction à la foire du livre de jeunesse de Bologne en 1999, ouvrage qui figure sur la liste de la «  Bibliothèque idéale » du CNLJ

2003 - Prix Baobab pour Et trois corneilles...

2007 - Prix PitchouPetites météorologies, Casterman, 2006

2009 - Prix Libbylit  Les moindres petites choses, Casterman, 2008

2012 - Prix des sorcières  De quelle couleur est le vent ?Casterman, 2010 

 

 

Anne Herbauts préfère dire qu'elle « fabrique » des livres plutôt qu’elle ne les écrit. 

« Je ne suis ni dans le texte ni dans l'image mais entre les deux. J'écris en faisant des collisions de textes et d'images. Quand je construit un livre, parce qu'il faut le penser comme on fabrique un objet, l'histoire se passe dans le texte, dans l'image, mais surtout dans l'assemblage des pages, et c'est là toute la beauté et la puissance du livre »

Quand on prend l’album, on s’aperçoit que la couverture figure un geste de lecture puisqu’elle représente un livre et des personnages qui le peuplent tout en le lisant. On voit aussi la main qui tient le livre, tout en figurant dans le titre de cette histoire. Les pages de gardes sont brunes, comme la peau de l'enfant Y, l'Enfant-Branche. Cet enfant pense qu'une histoire grande comme la main fait cinq histoires.

L’intrigue est simple : L'enfant branche, dont le nom commence par un Y, habite à la lisière de la forêt avec son tigre en peluche. Quand  la nuit approche, ils écoutent la rumeur de la nature, les bruissements de la forêt qui évoquent ceux du ressac, un vrai bruit de mer. Ces murmures confus les bercent et les emmènent au pays des rêves. Cette fois-ci, les marées forestières ont déposé au pied du lit de l’Enfant Branche, des bottes rouges, qu’il enfile aussitôt pour  partir dans un monde onirique. Le livre correspond donc à ce moment de rêve circonscrit dans l’espace d’une seule nuit. Avec son tigre l’enfant s’aventure à travers la forêt et découvre la richesse des flaques d’eau, des branches et du ciel, un monde de forêt et d’écume. Ils parviennent dans une maison haute, celle de grand-mère Écorce. On ne verra jamais la grand-mère dans l’illustration. Sa maison est paisible et sent la pâtisserie fraîche. La grand-mère  a aussi un chat qui griffe l’enfant. Tout en le soignant  Grand Mère Ecorce lui raconte 5 histoires consolatrices qui parlent de la croissance d’un arbre ou d’une graine, de fleuve et de doigts et de mains, thème essentiel de l’album.

Dans une interview retranscrite sur le site de l’éditeur Casterman Annie Herbauts déclare : 

« Une histoire grande comme la main. Cela fait donc bien cinq histoires. 5 ou cinq ? La main pour compter. La mesure de l’homme. Une logique à soi, en soi. Une main, cela peut être grand : elle peut désigner une montagne, englober un paysage. Mais une main c’est petit. Quelques billes tiennent à peine au creux de la main. Une main possède donc du merveilleux. La main n’est ici ni un symbole (fermé), ni une « typographie », ni même une métaphore. C’est un départ, une lecture, une écriture, un jeu. Concrète et abstraite. La main est trop vivante pour en faire un dessin, une représentation fermée. La main ne peut être séparée du corps. La main est mon outil. »

 

Pour l’illustration Anne Hebauts mélange les techniques : crayon, collages, peintures. Dans l’interview déjà cité, elle précise : « Cet album est très pictural pour les espaces de rêves, de forêts. Pour construire les images forestières, je suis partie de l’idée des flaques d’eau en forêt, où le ciel s’inscrit au sol et se mêle aux différentes strates de la flaque. »

Le style est poétique et lyrique. Néanmoins le Tigre reste un personnage prosaïque qui a faim et qui se régale des gâteaux de Grand Mère Ecorce, qui a sommeil et qui trouve le chat ridicule. Ce personnage ancre donc ce récit onirique dans le réel.

  Une lecture pleine de douceur et de poésie.

 

Dominique Estève