Chemin faisant...

Dans cet espace sombre et humide, je marche pas à pas
Dans cet espace froid mais lumineux , je marche pas à pas
Dans cet espace doux et intime, j'avance pas à pas
Dans cet espace clos et chaud, je pivote sur moi-même
Lentement, délicatement,
mes orteils palpe le sol, je presse mes talons sur le sol

Dans cet espace clos, chaud, doux, sombre et humide, je m'enfonce
Petit à petit, je m'enracine, lentement, délicatement, je m'enracine
telles les racines d'un arbre, mes pieds sont amarrés au sol,  
Lentement, délicatement, je m'enfonce,
Je ne sens plus mes pieds, je ne sens plus mes pas

    

***

Chemin faisant, par la douce chaleur du petit matin,
Nous marchions tranquillement en silence …

Chemin faisant, tranquillement en silence,
Dans les interstices des lianes et des troncs majestueux des banians tricentenaires, 
les rayons du soleil jouaient à cache-cache dans cette jungle,
nous faisant cligner des yeux.

Chemin faisant, pas à pas dans ce silence, nos oreilles s'agrandissaient,
elles s'ouvraient progressivement, 
telles des vannes centenaires restées fermées que l'on ouvre à nouveau...

Chemin faisant, tranquillement, en silence, nos oreilles parvenaient à sentir et à décrypter la présence d'animaux qu'il était impossible de voir à l'œil nu dans la canopée
Chemin faisant, nos oreilles pouvaient enfin entendre la matière vivante environnante
Chemin faisant, tranquillement, au petit matin, pas après pas, sur les sentiers du parc du Khao Yai,
nos oreilles allaient nous guider, et nous ouvrir des voies nouvelles d'émerveillement

Au loin, un son étrange brisa le silence et semblait se rapprocher
Progressivement le grondement s'amplifiait...une onde sonore nous entourait telle une bulle,  un cocoon d'air vibrant et ronronnant était installé au-dessus de nous.
On sentait planer quelque part au-dessus de nos têtes, une étrange présence... 
une silhouette noire révélée par nos jumelles

Immobile, à l'écoute, sur ce sentier de Khao Yaï, 
nous nous concentrons sur ce que nous entendons, 
un battement sonore fort et régulier brassant l'air chaud et humide, 
avec la rythmique d'un métronome, un toucan battait des ailes et nourrissait ses petits blottis dans le creux d'un banian à 60m au-dessus de nous...puis...

Chemin faisant, dans cette jungle, le moindre fourré semblait alors dissimuler un oiseau invisible. Aigles, toucans, grives, rossignols s'en donnaient à cœur joie (…), mais plus stridents encore 
fusaient les cris des gibbons qui leur répondaient.

 

Catherine Havette

Atelier du 14 mars 2020